Du 4 avril au 21 septembre se tiendra la 4 ème biennale du 9ème art au musée Thomas Henry de Cherbourg. Aprés Bilal, Schuiten et Julliard Cette édition 2008 met le dessinateur Jacques de Loustal à l’honneur dans le cadre d’une exposition intitulée Loustal Clair Obscur. L’occasion de s’ interroger sur la place de la bande Dessinée au Musée.
Faire entrer la Bande Dessinée au musée, est ce une hérésie, une fois sorti des murs d’Angoulème ?
Pour les organisateurs de la biennale du neuvième art de Cherbourg, la question est mal posée. Car il ne s’agit pas tant d’exposer des planches de BD prises au hasard de l’oeuvre d’un dessinateur que de faire découvrir l’univers graphique d’un grand artiste dont il se trouve qu’il est connu pour son travail dans la BD.
La Bande Dessinée est une formidable école. C’est un art qui exige les compétences les plus étendues. Il faut être metteur en scène, éclairagiste, monteur, peintre, scénariste…
Pour Dominique Paysant, l’un des deux commissaires de l’exposition Loustal clair Obscur “le concept récurrent des biennales est de montrer ce qu’il y a en amont et en aval de la planche de BD. On s’y arrête, mais ce n’est qu’un moment de l’exposition”. En amont, il y a tout ce qui participe à la genèse de la BD , le travail sur les croquis, les influences picturales de l’auteur, sa méthode de travail.. en aval, il s’agit de montrer que l’univers graphique qui s’est construit dans les cases de la planche de bd a une vie propre, riche, indépendant de son contexte d’origine et qu’il peut accéder au statut d’oeuvre d’art à part entière.
Loustal, le dessinateur de Kid Congo, prix alph’art du meilleur scénario au festival d’Angoulème en 1998, ne sévit pas que dans la BD. Son talent s’exprime sur de multiples supports : aquarelles, fusains, photographies, sérigraphies, carnets de voyages… L’exposition fera donc la part belle à la diversité en présentant pas moins de 170 de ses oeuvres. On pourra y voir notamment une série de dessins réalisés par l’auteur lors de sa résidence à Cherbourg en octobre 2007 . Réalisés au fusain, qui permet selon Loustal de “restituer l’ambiance minérale de la ville”, ils sont dédiés aux forts, phares et fortifications du Cotentin. Jacques de Loustal, architecte de formation, a ainsi pris beaucoup de plaisir à parcourir, appareil photo à la main, ces “régions de grands espaces marquées par une architecture délabrée mi-Vauban, mi-blockhaus”.
Le moment fort de la visite sera certainement atteint dans la “salle des formats monumentaux” consacrée au thème du Nord (définition vague de tout ce qui se trouve au nord de l’atelier de Loustal, du XIXème arrondissement de paris jusqu’à la scandinavie). Elle présentera des épreuves de grande taille( 2,70m sur 1,70m) réalisées selon un procédé inédit dans les ateliers de l’imprimeur Franck bordas.
Alors pourquoi “ Loustal Clair Obscur”? Ne vous attendez pas, chers visiteurs, à y découvrir une esthétique à la Rembrandt. Clair Obscur signifie deux choses. D’une part qu’une grande attention sera accordée au travail de l’artiste sur la lumière et d’autre part que l’exposition sera construite sur le registre des oppositions. Car Loustal présente cette caractéristique exceptionnelle d’être à l’aise aussi bien dans des univers joyeux, baignés de la douce lumière de la Méditéranée que dans les univers nocturnes et glauques des bas fonds. Véritable amphibien stylistique, il s’exprime aussi bien dans une esthétique influencée par le fauvisme et la peinture naïve que selon le réalisme le plus dur et le plus tranché.
Neuvième Art ? Une ambiguïté que les organisateurs de l’exposition aiment à entretenir. Le public viendra au musée pour y voir de la Bande dessinée, il en ressortira en ayant vu une exposition d’art . Compte tenu du succès des manifestations précédentes, plus de 15000 visiteurs sont attendus cette année. A titre de comparaison, les expositions temporaires du musée Thomas Henry attirent en moyenne entre 400 et 800 personnes. Aussi quoiqu’en disent certaines autorités culturelles, qui n’ont jamais vu d’un bon oeil que la bande dessinée s’invite au musée, il faut se féliciter que la biennale du 9ème art parvienne, tout en maintenant les exigences propres aux expositions d’art contemporain, à attirer un aussi large public-des jeunes en particulier- qui d’ordinaire ignorent les musées
L’entrée est libre et gratuite. Il serait criminel de manquer cette exposition.
Bonus:
André Julliard, chef de file de la BD historique, à l’honneur à Cherbourg lors de la précédente Biennale du Neuvième art, nous parle du travail de son ami Jacques de Loustal.

